Guy Nicaise, nonagénaire demeurant à Saint-Privat-d’Allier, est l’un des quatre derniers anciens combattants en Haute-Loire à avoir vécu la guerre d’Indochine, où il a débarqué à l’âge de 20 ans.
« Derrière un combattant, il y a sept militaires », observe Guy Nicaise, laconique. Ce dernier fait partie de l’un d’eux, quand il embarque pour l’Indochine, à 20 ans.
Natif d’Afrique du Nord, d’un père militaire en garnison, il a grandi d’abord en Charente puis à Montluçon où se trouve le 121e Régiment d’infanterie.
Le jeune homme s’engage dans le dernier contingent d’appelés et intègre l’école de sous-officiers de Montargis. « À cette époque, c’était normal, il y avait le service militaire », se souvient-il. Affecté dans une compagnie de transmission, le voilà, six mois plus tard, sur le départ : 1951, il arrive à Saïgon, en Indochine. « Le voyage a duré dix-sept jours en bateau sans hublot ! On avait chaud ! »
Le militaire n’ira pas sur les champs de bataille, il reste à l’arrière. « On avait 20 ans. Mon travail, c’était de donner au fantassin les moyens de communiquer. Le combattant attendait parfois devant la porte que je répare son matériel pour qu’il puisse repartir au combat. On ne parlait pas de la guerre, c’était notre boulot et c’était comme ça », explique-t-il.
Il échappe à la bataille de Diên Biên Phu
Il se souvient d’une veille de Noël au cours de laquelle il a fallu installer un système d’alimentation et monter des postes radio en urgence sur des chars d’assaut qui venaient d’arriver en Indochine…
« Un soir, on prend la patrouille pour assurer la sécurité de Hanoï. Dans le camion, il y avait six soldats et un chauffeur vietnamiens qui connaissait parfaitement la ville. Une caisse contenait les grenades. Quand j’ai demandé la clé au chauffeur, il m’a répondu : “La clé est à la caserne !” On avait des munitions et des armes, mais on n’aurait pas pu s’en servir ! », s’amuse-t-il.
De ses contacts avec la population, il garde quelques souvenirs, parmi lesquels celui-ci.
« Quand l’adjudant-chef nous donnait quartier libre pour quelques heures, je partais avec un copain, on s’asseyait sur le trottoir d’une route, un Viet arrivait à vélo et nous proposait de la soupe chinoise. La gamelle devait être d’origine ! Il remplissait sans arrêt… un goût ! On ne mangeait pas souvent, on n’avait pas le temps ! On avait des copains vietnamiens. Pourquoi avoir peur de la population ? »
Guy Nicaise passe trois ans en Indochine avant de rentrer en France. Durant ces mois loin de son pays, ce que certains appelleront le destin, s’invite. « J’ai été désigné pour participer à la bataille de Diên Biên Phu mais, manque de chance, j’arrivais à la fin de mon contrat avec l’armée. Celui qui devait me remplacer était arrivé de France. C’est lui qui est parti à Diên Biên Phu, sinon j’y avais droit ! J’aurais pu être tué ou fait prisonnier car mon travail m’obligeait à rester jusqu’au bout, pour assurer les communications jusqu’à la fin », témoigne-t-il. On estime à près de 8.000 le nombre de soldats du Viêt Minh ayant perdu la vie pendant la bataille et à 2.293 celui des tués dans les rangs de l’armée française.
Guy Nicaise se rengage à son retour en France, car il souhaite faire carrière dans l’Armée. Il se marie puis repart en Afrique du Nord sur la base de Mers el-Kébir en Algérie, où il prend le commandement d’une compagnie pour assurer l’alimentation et les transmissions de la base.
Guy Nicaise finit par quitter l’Armée en 1972, abandonnant une carrière qui devait le conduire au grade de colonel. Après quoi, il est venu s’installer en Haute-Loire.
« Avec le recul des années, je me dis que les combats d’Indochine n’auraient jamais dû être. Car cela ne nous a rien rapporté à part des morts. J’ai perdu des copains dans cette guerre », observe-t-il.